jeudi 25 juin 2009

Abyssal

C'est rigolo comme on peut apprendre plein de choses lors de discussions avec les collègues. Certaines ont travaillé/fait leurs stages dans d'autres villes, et peuvent maintenant mesurer les différences entre les unes et les autres. En parlant des différentes catégories, ma cheffe me racontait que lors de son stage d'assistante elle avait été assez estomaquée de découvrir une ville où les agents n'avaient pas le droit de faire autre chose que du prêt/retour et du rangement. Pas de renseignements, pas d'inscriptions. Même topo chez une autre collègue qui avait vu la même chose dans une autre ville. Il paraît que les stagiaires venant d'ailleurs tombent un peu de haut quand ils apprennent que nos contractuels cherchent à passer des concours de catégorie C alors que leur travail leur semble peu motivant. Quand ils arrivent chez nous, les assistants en stage sont paraît-il très étonnés de voir des adjoints participer aux acquisitions (je parle pas de cas comme le nôtre où on gère nos achats comme des grands, l'assistante ne faisant que garder un œil sur ceux-ci mais nous faisant largement confiance).

Dans certaines annexes, c'est aussi un peu parce que lesdits assistants sont nuls, n'en foutent pas une rame ou sont moins nombreux que les adjoints. Nan parce que quand on demande une bibliographie à une assistante pour une animation réseau et que ce qu'elle vous fait c'est une liasse (mal) tapée sous word voire des photocopies, quand elle ne connait plus le nom de ses collègues, quand un adjoint est au prêt de 13h30 à 18h30 sans pause... on se pose des questions. Du coup notre direction aimerait bien recadrer les choses, d'autant plus que nous sommes apparemment aussi une exception au niveau municipal. Ça fait des années que des bruits de projets de "rehiérachisation" circulent, mais ils ont toujours capoté. De toutes façons les adjoints qui font plus qu'ils sont censés le faire n'auraient pas vraiment de recours (ce qui est logique, après tout) mais n'aimeraient pas du tout du tout. Quant aux assistants qui devraient reprendre en main leur section... Je vois d'ici certains collègues se noyer dans la masse (parfois même dans un verre d'eau, mais bref). Pas sûr non plus qu'ils aient envie de se taper seuls tout le travail. Et puis il y a assez de grosses ambiances de merde pour pas rajouter. Franchement...

Il y a des trucs comme ça... Dans le même genre, il est assez marrant de constater qu'une profession réputée pour avoir un sens de l'ordre certain puisse être aussi rétive aux respects des procédures. Je ne cesserais jamais de m'étonner devant le je-m'en-foutisme dont les collègues peuvent faire preuve. Surtout dans les domaines relativement important comme la conservation de documents. Il y a une procédure très claire, mais on trouve systématiquement des ouvrages pilonnés à tord, conservés en doublon/triplon (mais il y a apparemment eu du boulot de tri) ou totalement absents des réserves alors qu'ils rentrent pile-poile dans les catégories définies. Pareil pour la gestion des relances de périodiques. Pour éviter que ce soit le boxon sur le site du fournisseur et pour faciliter le travail du secrétariat, on est censé ne faire qu'une réclamation sur le site, les autres passant en contentieux auprès du secrétariat (ceci afin de pouvoir grouper les réclamations sur un titre, avoir une vision du réseau etc...). Ben autant pisser dans un violon. Les collègues font des deuxièmes, voire troisièmes relances sur le site, sans avertir le secrétariat quand ils reçoivent des réponses, et à une époque ils préféraient appeler directement la personne. Alors oui, certes, c'est plus rapide pour l'annexe qui obtient ce qu'elle veut, mais au niveau du réseau... En 2007 on avait dû recaler tous les abonnements pour qu'ils commencent et finissent tous avec l'année civile parce qu'au fil des réclamations, les éditeurs les avaient prolongés pour chaque numéro non reçu (et c'est vrai que c'était un beau bordel pour le secrétariat).

dimanche 21 juin 2009

McKay Tome II, Chapitre LXXI

Aspects politiques et rituels de la recherche de terres sacrées himalayennes par Franz-Karl Ehrhard

Un peu tordu cet article. J'ai pas compris tout de suite où voulait aller l'auteur. Quoi qu'il en soit, il nous explique qu'au XVIIe siècle les tertön, chasseurs de textes sacrés dissimulés, arpentent divers sites sacrés. Ces voyages sont en fait l'écho de la situation politico-religieuse tibétaine : face au conflit opposant Mongols Dzoungares et dynastie Qing, les région reculées deviennent des lieux de refuge et de revitalisation spirituelle jusqu'au XVIIIe siècle.

M. Ehrhard donne l'exemple de Drubthob Lobzang Lhachog (1672-1747), moine lié au Ve Dalaï-lama qui passa plus de cinq ans en retraite dans le Lhodrak à l'époque ou Lajang Khan et le VIe Dalaï-lama étaient en délicatesse. Apprenant l'assassinat de son maître par des soldats dzoungares en 1718 et craignant pour l'avenir de ses enseignements, il fuit vers un lieu sacré caché, en l'occurrence le site de Sengeri (la "montagne-lion"). Il s'y installe et fonde un refuge. Il rencontre alors un autre maître, Lelung Zhepe Dorje, et se lie à lui. Ce dernier a alors un rêve prophétisant "l'ouverture" rituelle d'une autre vallée au bouddhisme au nord-est de Sengeri. C'est en 1733, après avoir appris la fin de la guerre civile ayant suivi l'invasion mongole, l'intronisation du VIIe Dalaï-lama et la découverte de la réincarnation de son maître, tous événements favorables, qu'il ouvre enfin le site d'Ormo Lhassa où il construit un temple.

La présence de Lelung Zhepe Dorje est en fait liée à sa relation avec Sönam Tobgye, également connu sous le nom de Pholane. Ce dernier est devenu le nouvel homme fort du pays après la défaite des Dzoungares par la Chine. Les deux hommes se connaissent depuis 1726, année où l'empereur mandchou Yongzheng émit un décret hostile à l'école Nyingma avec le soutien zélé de Khangchenne, important homme politique. Hors Pholane avait reçu des enseignements nyingmapa et était donc farouchement opposé à cette décision. Lelung lui prodigua des enseignements et des conseils. Il lui présenta ainsi Khangchenne comme étant l'émanation de la déesse Trame Nyishar, mais dont l'attitude allait le priver de ses mérites. Selon l'auteur, Lelung cherche en fait à utiliser la confiance et le respect dont jouit l'école Gelug (dont il est membre) pour réduire les tensions entre les deux écoles. Il servit d'ailleurs de médiateur entre le VIIe Dalaï-lama et Pholane en 1728. Pour M. Ehrhard, son voyage vers le sud multipliant les rituels sur les sites sacrés a en fait pour objectif de stabiliser les régions frontalières. Le Tibet central dirigé par Pholane est en effet encore sous la menace des Dzoungares et connait des tensions avec le Bhoutan. L'action de Lelung est facilité par le fait que quand un site est ouvert au bouddhiste par un maître, son autorité spirituelle sur la région se transmet à son disciple. De plus, Leling offre à Pholane un statut nouveau en l'informant qu'il est une émanation d'un roi des démons Tsen maintenant soumis au bouddhisme.

vendredi 19 juin 2009

McKay Tome II, Chapitre LXX

La circulation des domaines au Tibet : réincarnation, terre et politique par Melvyn Goldstein

*Craquement de doigts*
Bon ! Allez, on se remet un peu au boulot ! Voilà un article super intéressant qui nous plonge dans le milieu aristocratique tibétain. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est vraiment Dallas (d'ailleurs J. R. Ewing signifie Jetsun Rinchen Ewing). En effet, l'introduction de la théorie de la réincarnation dans les grandes lignées monastiques (particulièrement celle des Dalaï-lamas) déclenche un processus irréversible. En apparence, le choix d'un enfant "réincarné" pour succéder à un dignitaire religieux est gage de stabilité. En pratique, cela permet à sa lignée d'accroître progressivement son influence et sa richesse. Le candidat choisi importe peu au final, ce qui compte c'est qu'il fasse l'unanimité et qu'il paraisse légitime. On utilise donc des procédures de sélection mêlant surnaturel (oracles, divinations) et politique (consultation des corps constitués : régents, assemblée aristocratique, officiels du gouvernement, hauts lamas). Il y a toutefois un hic : la continuité. Le système implique des interrègnes réguliers au cours desquels le pouvoir est confié à un régent gouvernant au nom du Dalaï-lama. Ceux-ci sont eux-même issus de lignées réincarnées revenant régulièrement au pouvoir.

Un groupe d'officiels lors d'une garden-party. Celui au milieu de la rangée du bas est Pangdatsang, un riche marchand. Celui à gauche de la rangée du milieu est Ringang, un des quatre jeunes garçons envoyés étudier en Angleterre en 1913. Les photos sont © The Tibet Album

Au Tibet, la richesse repose avant tout sur la possession de terre et de serfs. C'est un trait partagé par l'aristocratie et les monastères. Au sein de ceux-ci, les labrang (à la fois Maisons de lamas et collèges) sont des corporations financièrement autonomes que les lignées se transmettent. Un lama élargissant son audience par ses enseignements verra les dons de ses adeptes augmenter, ainsi que le nombre de ses moines. Un labrang peut ainsi bâtir ses propres hermitages, voire des monastères. Le choix d'un lama à la régence se traduit d'ailleurs par une hausse brutale de la fortune de sa lignée. Les Dalaï-lama représentent le point extrême du système. À chaque nouvelle incarnation, la famille de celle-ci est anoblie et intégrée à la plus haute classe du Tibet, recevant des domaines assurant leurs revenus. Et c'est là le facteur déséquilibrant du système : chaque nouvelle incarnation suscite une nouvelle demande de terre. Hors le Tibet agricole de l'époque ne connait pas la création de terre par le défrichage : on ne sait pas transformer des zones de pâtures en zone de fermes. La demande ne peut donc être alimentée qu'en prélevant des terres existantes, ce qui génère à chaque fois une forte compétition au sein des élites pour ne pas être celui qui devra abandonner des domaines.

Reting Rinpoche, régent de 1934 à 1941.

Car l'aristocratie est une groupe très restreint et très fermé d'environ 200 familles contrôlant une grande part des terres disponibles (mais inférieur à la part du gouvernement et des monastères). Elle est divisée en quatre couches. Au sommet nous avons les Yabzhi, issus des familles anoblies des Dalaï-lamas (6 en 1950) ; viennent ensuite les Depön descendant de lignées anciennes remontant parfois à l'ère impériale (4) ; puis les Midra qui se sont distingués au service du gouvernement (15) et enfin les Gyüma (plus de 175) où les écarts de richesses sont les plus grands. En pratique, les trois premières catégories monopolisent les postes gouvernementaux. Ce sont aussi elles qui sont touchées par la compétition, les Gyüma étant souvent trop pauvres pour qu'on les prive de leur terre (la perte de terre signifiant la perte de la noblesse, punition réservée aux crimes graves).

Films d'archives. Les premières images montrent les parents et la famille du jeune XIVe Dalaï-lama en 1940. Suivent les images du cortège du Dalaï-lama en 1945 et des scènes populaires. © BFI

Les terres sont donc prélevées avant tout sur les biens des grandes familles. Le gouvernement qui leur a fourni ces domaines, les reprend au moindre prétexte. Divorces houleux ou héritages conflictuels sont l'occasion de confisquer des terres en mettant en doute la validité des titres ou en accusant d'offense au gouvernement. Les monastères peuvent toutefois être aussi touchés, bien que plus exceptionnellement, et pour des motifs plus graves (rébellions, complots). Mais eux récupèrent généralement les terres perdues au bout d'un moment... L'aristocratie réagit de différentes manières à cette menace permanente. Certaines familles consacrent une grande part de leurs ressources à se maintenir au pouvoir d'une génération à l'autre en formant à grand frais leurs jeunes membres afin qu'ils puissent remplacer immédiatement leurs aînés quand ceux-ci doivent quitter leurs fonctions. C'est un investissement coûteux, mais qui permet de s'assurer la maîtrise du pouvoir qui apporte la sécurité et le prestige. D'autres choisissent de se placer sous la protection d'un seigneur plus puissant en en devenant un favori. C'est un pari risqué car les revers de fortune de l'un affectera l'autre. La grande majorité ne recherche que la richesse, les fonctions gouvernementale étant lucratives, et tente de s'installer en province pour s'éloigner des magouilles de la capitale. Ces stratégies s'avèrent payantes puisqu'entre 1900 et 1950, 86% des membres laïcs du conseil des ministres venaient de l'élite, les 2/3 des membres religieux venant des mêmes familles.

4 membres du conseil des ministres entre 1936 et 1950 : Namseling, Lukhangnga, Ngapo and Shakabpa.

La circulation des domaines se double aussi d'une alternance au sein des victimes : à chaque changement d'administration, les favoris de l'un devienne les victimes de l'autre. Les familles connaissent donc une alternance dans le temps. Pour l'auteur, il est indéniable que le système a provoqué le déclin de l'aristocratie (beaucoup de nobles s'étant graduellement appauvris), mais celle-ci a pu freiner légèrement cette progression en se lançant dans le commerce ou en se plaçant sous la protection de monastères.

mardi 16 juin 2009

Dictionnaire de l'Inde / Collectif

Plus de deux semaines sans rien écrire, oulàlà, comment l'humanité a-t-elle bien pu surmonter cette absence ?
...
Probablement comme elle surmonte ma présence depuis 27 ans, en m'ignorant.

J'ai donc emprunté le Dictionnaire de l'Inde, ouvrage collectif paru chez Larousse dans la collection À présent. C'est donc une belle brochette de spécialistes (une quarantaine) qui nous offre un bouquin en trois parties qui donne de nombreuses clés pour mieux comprendre le sous-continent.


La première partie développe les points importants de l'Inde actuelle : démographie, vie politique, économie, société, diplomatie. La deuxième évoque l'histoire de la région en une vingtaine de pages avant de laisser la place au dictionnaire en lui-même. Notices biographiques, événements, lieux, faits religieux ou sociaux se succèdent, se recoupant parfois (je vois mal comment faire autrement, ceci dit). De nombreuses cartes permettent de se faire une idée des thèmes développées, celle-ci étant soit intégrées au sein des articles (noir et blanc), soit dans un cahier à part (couleur) et vraisemblablement tirées de l'Atlas historique mondial de Georges Duby. Un des points qui m'a le plus surpris, c'est la vie politique indienne qui après avoir vu l'éléphantesque parti du Congrès (si large qu'il renfermait sa propre opposition et voyait ses faction s'affronter lors des élections) régner sans partage pendant des décennies, le voit aujourd'hui contraint d'adopter une politique de coalition avec d'autres partis plus petits pour pouvoir tenir tête au BJP (extrême-droite hindouiste) qui fait d'ailleurs de même, aucun des deux n'étant plus suffisamment puissant pour gouverner seul. Les Indiens y gagnent une bipolarisation et une meilleure prise en compte (semble-t-il) des intérêts régionaux représentés par de puissants partis locaux. Autre surprise (même si j'en avais déjà entendu parler), la confirmation de l'existence de communautés chrétiennes et juives AVANT l'arrivée des Européens. Bref, un ouvrage de base assez agréable et qui a parfaitement sa place dans une bibliothèque municipale.

lundi 1 juin 2009

McKay Tome II, Chapitre LXIX

Canons bönpo et canons jésuites : au sujet des facteurs sectaires impliqués dans la seconde expédition de la Rivière d'or de 1771-1776 de l'empereur Qianlong reposant essentiellement sur certaines sources tibétaines par Dan Martin

Et ben ça c'est du titre clair et concis ! Si ça peut intéresser quelqu'un, Dan Martin est aussi l'auteur du blog Tibeto-logic. Derrière ce titre muni d'un calembour (en anglais : canon = canon religieux, cannon = canon militaire) se trouve une étude portant sur les rivalités religieuses qui accompagnèrent (et motivèrent en partie) la deuxième guerre du Gyarong (Jinchuan en chinois, ce qui signifie Rivière d'or) de 1771-1776.

La première moitié du XVIIIe siècle vit l'influence chinoise au Tibet s'affirmer de plus en plus au point de susciter un soulèvement mené par le régent du moment en 1750. Celui-ci aura un tel retentissement qu'il masquera complètement la première guerre du Gyarong de 1747-1749 pendant laquelle la Chine tentera en vain d'imposer sa volonté aux petits royaumes de la région (voir chapitre précédent). Moins de 30 ans plus tard, les mêmes trublions (Rabten et Tsenla, encore) recommenceront à se chamailler et obligeront l'empereur Qianlong à intervenir. À première vue, on pourrait croire qu'il ne s'agit là que d'une affaire strictement chinoise car depuis 1725, le Kham ou Tibet oriental est partagé entre le Tibet central administré par les Dalaï-lamas et la Chine de la dynastie Qing. La partie orientale de la région est donc administrée par les roitelets intégrés (avec difficulté) à la structure mandchoue, privant Lhassa d'influence politique. Jusqu'au XXe siècle, la capitale tibétaine compensera ce manque en s'appuyant sur le réseau de monastères de l'école Gelug dans la région. Hors, et c'est tout l'intérêt de ce chapitre, les moines bouddhistes Gelugpa ne sont pas forcément en terre amie puisque le Gyarong est un bastion du bön, religion indigène tibétaine, et où toutes les autres écoles tibétaines prospèrent. En effet, avec le temps, l'école Gelug vit son pouvoir croître en même temps que celui du Dalaï-lama et commença à entrer en conflit avec les écoles qui lui tinrent tête (notamment les Karmapa). Le meilleur moyen d'éradiquer les menaces était donc la conversion forcée ou la destruction des monastères rivaux en recourant à la force militaire de puissants protecteurs.

Revenons un peu en arrière. Rölpe Dorje (1717-1786) est reconnu comme la nouvelle incarnation du Changkya Hutuktu (l'orthographe du titre est plus que fluctuante !) quand, à sept ans, son monastère est rasé par les troupes chinoises qui le ramènent à Pékin. Là, il reçoit une éducation polyglotte (tibétain, chinois, mandchou, mongol, sanskrit, lui-même étant apparemment monguor). Après une courte visite au Tibet, il devient le plus haut dignitaire du bouddhisme tibétain de la cour grâce au nouvel empereur Qianlong. Il travaille beaucoup sur la traduction de textes en mandchou, fonde une université monastique et un monastère pour Mandchous et devient un proche de l'empereur. Sa position lui permit certainement de l'influencer en faveur de l'école Gelug dont il fait partie. Il sera ainsi mis à contribution pour traduire des cartes de la région et surtout pour célébrer des rituels de destruction à l'encontre du roi de Rabten. Ses adversaires virent fondre sur eux des masses de flamme accompagnées de coups de tonnerre et d'éclairs qui les poussa à se soumettre. Concrètement, les bönpo découvrirent (un peu brutalement, certes) des canons construits par le jésuite portugais Felix da Rocha (1713-1781). Les auteurs tibétain ne manquent pas de rappeler que les empereurs de Chine sont considérés comme des émanation de Manjushri, bodhisattva de la sagesse (les Mandchous eux-même s'associent à ce personnage, peut-être du fait de la quasi homophonie), et qu'ils ne peuvent donc agir contre le bouddhisme. S'ils s'en prennent aux bönpo, c'est que ceux-ci ne pratiquent pas la bonne religion (CQFD...). Une fois les dernières résistances écrasées, les monastères bönpo sont alors rasés et transférés de force aux Gelugpa.

Rölpe Dorje enseigne à Qianlong que s'il existe différentes tradition bouddhistes au Tibet, certaines se sont éloignées des enseignements originels, et que seule la lignée Gelug est inégalée. Qianlong émet alors un édit louant celle-ci et arguant qu'elle devrait l'école la plus importante. Certains moines le prirent à tord comme une incitation à la destruction des autres écoles, mais ce n'était pas l'intention de Rölpe Dorje qui maintenait de bonnes relations avec elles. Comme le conclut Dan Martin, l'ironie c'est que les Gelugpa ont pu s'imposer grâce à des canons jésuite, que le coût de cette guerre saigna les finances impériales au point que la dynastie n'atteindrait plus jamais le même niveau, et surtout que Rölpe Dorje réussit à transformer une défaite bönpo et un désastre financier chinois en victoire religieuse pour son école.